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Sortir de sa zone de confort, un destin choisi ?

Quitter sa zone de confort, partir à l’aventure, un récit qui m’a séduit dès que je l’ai lu. Mais, les années passant, j’ai réalisé peu à peu que le processus linéaire sur lequel ce modèle est construit m’apparaissait de plus en plus déconnecté du monde circulaire et turbulent qui est désormais le notre. Dans le processus linéaire on incite, implicitement, des entrepreneurs à se jeter à l’eau en prenant leur risque. Le choix de sortir du cadre leur permet de devenir vecteurs et leaders de développement et de progrès et ne repose que sur leur libre arbitre. A eux d’entraîner ensuite le reste de l’équipe grâce à la conduite du changement. Un processus vertueux qui permet l’adaptation et la transformation des organisations et la création de valeur. C’est donc un destin choisi.

Pourtant dans notre monde turbulent et mutant la sortie de la zone de confort est rarement choisie. Des « drivers exogènes » (coups de pieds au derrière), comme la transformation digitale, le changement climatique, la concurrence économique ou des changements politiques tels que la réforme territoriale, propulsent les acteurs de toutes les organisations dans la « zone de peur ».

Se jeter à l’eau n’est plus alors le choix de l’entrepreneur aventurier mais la conséquence de la turbulence, de la complexité du système. Plutôt que d’anticiper un joli plongeons, pour sauter la zone de peur et atterrir directement dans la zone d’apprentissage ou de croissance , l’enjeu devient alors de savoir nager quand on est tombé à l’eau par surprise pour atteindre sur l’autre rive une nouvelle zone de confort en ayant perdu le plus petit nombre possible de membres de l’équipage.

Le processus de « conduite du changement » enseigné depuis des lustres dans toutes les bons MBA et qui incite à se jeter à l’eau en entraînant l’ensemble de l’équipage n’est plus suffisant. Il faut désormais apprendre aux capitaines et aux matelots à nager individuellement et collectivement pour apprivoiser l’incertitude et savoir tisser ces liens source de croissance et résilience dans un monde courbe.

La zone de confort, paradis mythique, n’existe plus, l’instabilité l’a contaminée. Nous vivons dans des zones de confort temporaire, en équilibre instable, comme le définissait le prix Nobel Ilya Prigogine(1). Maintenir l’équilibre impose alors impose une vigilance permanente pour capter les signaux faibles, cette information nécessaire pour anticiper d’ou viendra la force qui tentera de nous bousculer pour nous faire tomber à l’eau.

Les surfers connaissent bien cette situation que Joel de Rosnay a parfaitement décrite dans « surfer sa vie »(2). Au delà du crawl et de la brasse il faut aussi apprendre la natation synchronisée pour créer ces liens dont nous savons bien qu’il sont la clé de la résilience qui se concrétise par la capacité attendre la nouvelle rive de confort en emmenant celles et ceux qui nagent moins biens ou ont été trop surpris par le brusque déséquilibre.

En situation de crise les problèmes de freins individuels au changement : contournement, peur du regard des autres … deviennent secondaire dès lors que la stratégie et la solidarité sont partagés et l’enjeu vital. Dans un monde turbulent la crise a des degrés divers est permanente . Bienvenue dans le confort d’un monde circulaire et turbulent.

Eléments de bibliographie :

(1) ILYA PRIGOGINE , ISABELLE STENGERS La Nouvelle Alliance. Métamorphose de la science ( 1979) – http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-essais/La-Nouvelle-Alliance

(2) Surfer la vie : Vers la société fluide 2012 de Joël de Rosnay – https://blog.surf-prevention.com/2012/04/11/surfer-la-vie-livre-joel-de-rosnay/

On n’apprend pas à nager assis au bord de la piscine – Christophe Audouin https://www.linkedin.com/pulse/apprend-pas-%C3%A0-nager-assis-au-bord-de-la-piscine-christophe-audouin/

Veille collaborative : symptôme ou levier de la transformation digitale de l’entreprise – Christophe Audouin https://www.linkedin.com/pulse/veille-collaborative-sympt%C3%B4me-ou-levier-de-la-digitale-audouin/

Infographie de Jérome Frugère http://entreprenance.com/